Posté le 15 février 2015 dans Burkina Faso, Genève Internationale, Société | 0 commentaire
Entretien : Rongead et l’agriculture au Burkina-Faso

Rongead – http://www.rongead.org/
Entretien réalisée par Alice MARTIN  et cd le 23 janvier 2015 à Bobo Dioulasso, Burkina Faso.

Nous retrouvons Loïc et Manéré qui nous présentent Rongead, une association de solidarité internationale basée à Lyon et qui travaille en Afrique dans le domaine agricole. Le but de Rongead est d’améliorer le revenu des paysans dans les pays d’intervention. Un appui technique est apporté aux acteurs des filières pour offrir des perspectives et des débouchés à ces acteurs. Un appui technique est apporté aux acteurs des filières pour offrir des perspectives et des débouchés à ces acteurs. Un approche environnementale a été mise en place. Rongead travaille depuis 30 ans en Afrique de l’ouest, au Burkina-Faso, en Côte d’Ivoire, au Mali et plus récemment au Sénégal et au Tchad. Loïc a suivi une formation en agro-développement international et il a travaillé en Centrafrique, et au Liberia. Manéré est ingénieur en sociologie et économie rurale, il est l’auteur d’un livre sur la santé et la production agricole au Burkina-Faso-

EntretienN°5 – thèmes: marchés agricoles africains, développement durable, commerce international.

Préambule : présentation de l’association.

20150127_122921L   Je suis Loïc SIMONNOT. Ingénieur agronome spécialisé dans le développement international, je travaille à Rongead ici au Burkina depuis 3 ans. Auparavant j’ai travaillé en Centrafrique et au Libéria. Rongead est une association de développement agricole qui existe depuis 1983 et qui œuvre en Afrique principalement (Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Mali, Sénégal, Tchad. Le siège est à Lyon (Rhône-Alpes, France). Sa fonction est de permettre une amélioration du revenu des paysans dans les pays d’intervention. L’approche est de travailler sur l’appui technique aux acteurs des filières avec une porte d’entrée sur les débouchés et les perspectives de marché des différentes filières comme clés de compréhension premières.

M  Manéré OUEDRAOGO, ingénieur en sociologie et économie rurales. Avant de travailler pour Rongead j’ai travaillé pour l’INADES ainsi que pour l’INERA. J’ai notamment publié un ouvrage intitulé « Environnement, santé et production biologique au Burkina Faso ». 

Sur quelles cultures travaillez-vous principalement : cultures actuelles et/ou d’avenir, leur rentabilité, etc. ?

L    Historiquement, Rongead a beaucoup travaillé sur l’anacarde. Nous travaillons depuis plusieurs années sur le sésame et plus récemment sur le karité. En Côte d’Ivoire et au Mali nous travaillons depuis peu sur des filières vivrières suite à une dynamique forte de recherche d’appui à la commercialisation sur ces filières : maïs, oignon, manioc, plantain, igname.En ce qui concerne les filières d’intérêt pour l’avenir, nous nous intéressons beaucoup à la valorisation des produits forestiers : karité, gomme arabique, moabi (au Gabon,). D’autres produits non ligneux sont à prévoir : chenilles, fruits, miel… L’intérêt est de valoriser des espaces naturels sur lesquels les espaces agricoles grignotent très rapidement. Ces produits non ligneux so20150104_122117nt également sources de revenus pour des personnes marginalisées.Nous essayons en général de nous positionner sur des filières qui ont un fort potentiel au niveau international, dont les marchés sont très dynamiques et dont nous constatons un manque à gagner sur la commercialisation au niveau rural. C’est par exemple ce qui nous a amenés vers le sésame.

L    En ce qui concerne la rentabilité, pour le karité on parle de « rentabilité du travail » et non de rentabilité à l’hectare car ce n’est pas une culture à proprement parler. Par travail on entend : ramasser, décortiquer et commercialiser les amandes. Les seuils de rentabilité de cette activité sont actuellement en cours de calcul. Ils représenteraient en moyenne 7 % du revenu des ménages au Burkina. Il s’agit d’une activité complémentaire dont la qualité du revenu ne réside pas tant dans la rentabilité que dans l’opportunité pour les femmes d’avoir un revenu propre, facilement monétarisable. La rentabilité du karité est très variable suivant la distance parcourue et le contexte, c’est-à-dire suivant si le ramassage est couplé ou non à une journée de culture (une ou deux actions pour un même déplacement).

M  En ce qui concerne l’anacarde et le sésame, ce sont des filières d’export liées au marché international qui connaissent des fluctuations. Pour l’anacarde, selon nos données, à partir de 300 FCFA/kg les petites exploitations familiales (producteurs) peuvent commencer à épargner. Les collecteurs se font une marge de 25 à 30 FCFA/kg. La marge des grossistes va de 35 à 50 FCFA/kg. A l’international la marge est d’environ 130 FCFA/kg. Pour le sésame le seuil de rentabilité est de 250 FCFA/kg.

Quid de la formation des paysans ?

M  Nous avons travaillé au développement des itinéraires techniques (sésame, anacarde). Cela s’est traduit par la conception de manuels pédagogiques et livrets. Nous donnons également des formations sur le terrain. Par exemple : préparer une parcelle de sésame, mettre en place les semis, entretenir la culture, lutter contre les ravageurs, gérer la période post-récolte, dont la commercialisation ; nous développons alors un certain nombre de thèmes : techniques de négociation commerciale, principes coopératifs pour encourager la mise sur le marché collective, compréhension du marché. Si le producteur comprend comment le marché évolue cela permet d’éviter l’effet « rétroviseur » : le producteur doit comprendre qu’il ne vendra pas nécessairement son produit au même prix que l’année précédente.

Qu’en est-il justement de l’information de ces paysans, notamment sur les cours des marchés ?

M  Nous nous sommes inspirés des expériences, des systèmes d’informations qui ont existé : nous avons cherché à connaître leurs forces et leurs faiblesses. Nous avons remarqué deux choses : tout d’abord il ne faut pas envoyer l’information aux acteurs qui peuvent ne pas savoir l’utiliser, nous commençons donc par la formation. Nous analysons le marché puis nous envoyons l’analyse synthétisée aux acteurs qui ont été formés à utiliser cette information, aux producteurs sous forme de sms notamment.

Vous publiez régulièrement des bulletins d’information (n’kalo). Quelle en est l’utilisation et connaissez-vous l’impact de vos livrets anacarde et sésame ?

M  Certains acteurs le long de la chaîne ont accès aux mails (transformateurs, exportateurs), qui ont un niveau assez élevé et qui sont en quête également d’information. Ces bulletins leur sont destinés, ils reflètent notre avis sur les marchés et diffusent nos conseils sur les prix à pratiquer. Il y a des producteurs analphabètes, pour eux nous utilisons des boîtes à images, des dessins. Certaines ONG se servent de nos livrets pédagogiques. En ce qui concerne l’information, nous avons démontré qu’elle était pertinente car nous parvenons à faire contribuer tous types de producteurs, y compris des petits. Actuellement nous vendons les sms à 500 FCFA par campagne pour les producteurs, 30 000 FCFA pour les organisations et les exportateurs. Cela fonctionne très bien. Nos anciens clients renouvellent leur abonnement.

Comment intégrez-vous une dimension Développement Durable dans vos actions ?

L    Nous avons notamment dispensé des formations sur l’accès aux marchés et sur la traçabilité pour obtenir les certifications biologique et équitable et pour répondre aux normes de qualité demandées par les exportateurs. Ce travail d’accompagnement aux transformateurs nous a amenés à être confrontés aux problématiques de déchets qui étaient fortes sur ces unités de transformation, principalement semi-industrielles. Cette échelle semi-industrielle est suffisamment importante pour créer des nuisances mais encore trop peu pour être réellement compétitive au niveau international. Dans ce contexte nous avons jugé pertinent d’appuyer ces structures sur les questions de l’accès à l’énergie et du traitement des déchets, en essayant de lier ces deux problématiques. Nous travaillons essentiellement sur l’anacarde et le karité, pas encore sur le sésame, très peu transformé actuellement. Nous essayons de développer cette thématique environnement. Par exemple au Burkina nous travaillons en périphérie du parc naturel du W (à cheval sur le Bénin, le Burkina et le Niger) sur un volet d’activités très large ayant pour objectif d’améliorer les synergies entre les populations périphériques du parc, les contraintes de protection de la nature et le parc lui-même. Comment faire en sorte que l’interaction de ces populations avec le parc soit positive dans les deux sens : celui du respect de l’environnement et celui du revenu des populations ? Comment passer d’une situation de prélèvement excessif et de pauvreté à une situation de revenus plus importants et de prélèvements régulés ? Ce travail mobilise beaucoup de compétences, des revenus du tourisme, de l’agriculture, des produits forestiers non-ligneux. Nous essayons de mettre en place sur la petite transformation locale des systèmes d’économie de bois, voire de substitution du bois comme combustible par des énergies renouvelables, par de la revalorisation de déchets de transformation, en aménageant les foyers, en conditionnant les déchets pour qu’ils deviennent des combustibles intéressants. La pyrolyse des coques de cajou a très bien fonctionné par exemple. Nous travaillons sur cet outil depuis 4 ans, il commence à être assez abouti, plusieurs unités de transformation l’utilisent. C’est une manière de pouvoir utiliser un déchet très nocif qu’est la coque de cajou en énergie pour les unités.

 C’est si nocif que ça ?

L    Oui c’est très corrosif. Ça s’appelle le baume de cajou en français (CNSL en anglais). Ça contient de l’acide anacardique, long à dégrader mais aussi très riche en énergie. Les quantités engendrées sont énormes car la coque représente 75 % de la noix. Le cardanol contenu dans l’huile est très inflammable, l’huile est presque aussi énergétique que des hydrocarbures. Une autre utilisation, traditionnelle, venue historiquement d’Afrique australe où l’anacarde est plus ancienne, consiste à se servir du baume de cajou comme enduit à la base des maisons pour lutter contre les termites. Une autre valorisation, industrielle cette fois, est celle du liquide de freins à condition d’avoir une excellente qualité d’extraction de l’huile, rentable sur des très gros volumes seulement, réalisés plutôt en Inde.

M  Je voulais ajouter un cas concret. Nous avons accompagné – y compris financièrement – la certification en bio d’une coopérative de de 1 700 ha d’anacardes qui alimentent encore aujourd’hui une unité qui exporte en Europe.

Quelles sont vos relations avec les organisations paysannes faîtières (CPF,…) ?

M  Les filières que nous accompagnons ont des structures faîtières au niveau national : UNAPROSEM (Union Nationale des Producteurs de Sésame), UNPA (Union Nationale des Producteurs d’Anacarde), TFK (Table Filière Karité). Nous avons de bonnes relations avec eux.

L    La CPF (Confédération Paysanne du Faso), faîtière des organisations syndicales paysannes, a un rôle de plaidoyer, un rôle politique. Notre approche étant plutôt dans l’appui technique nous ne sommes pas proches d’eux. Cependant, en essayant de dynamiser la structuration de la filière anacarde, nous avons accompagné la structuration régionale dans la Région des Hauts Bassins, Région la plus productrice d’anacarde, nous nous sommes rapprochés dans ce cadre de l’Union Nationale où cette Région est bien représentée.

Recevez-vous des listes de paysans à contacter pour vos formations ?

L    Oui, nous nous appuyons sur eux pour étoffer notre réseau. Il y a les Unions par filières, la Chambre Régionale d’Agriculture des Hauts Bassins. Les responsables des Unions locales nous aident donc en relayant l’information à leurs membres.

Quelles cultures aimeriez-vous promouvoir ?

L    Je travaille depuis deux ans sur le karité et je suis frustré de certaines choses que je n’ai pas le temps de faire. Par exemple en ce moment il est question de la gestion de la population de karité. Le karité représente une activité de cueillette et non une culture, et en même temps la dynamique du marché est en train d’initier une transformation, une mutation vers une activité de culture. De nombreux acteurs de la filière aimeraient maîtriser la population de karité. Il y a aussi l’aspect du traitement des noix en amont. Aujourd’hui on travaille beaucoup sur la production de beurre mais le plus gros impact sur l’environnement c’est le traitement des noix avant la commercialisation de l’amande.  Nous avons aussi développé un système de séchage des mangues à base de pyrolyse de coques de cajou mais le prototype reste à améliorer. Nous cherchons des financements.

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